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Conférence - performée
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26.10.2022

PARESSER

Conférence - performée

de Chiara Gallerani et Maurizio Lazzarato

Mercredi 26 octobre - 18h | Campus des Grands Moulins

Gratuit sur inscription

Si « John Cage se vante d’avoir introduit le silence dans la musique, moi je me targuais d’avoir célébré la paresse dans les arts », déclare Marcel Duchamp.
Chiara Gallerani et Maurizio Lazzarato conçoivent la paresse comme un mode de vie, un rapport au temps, mais aussi une stratégie de compréhension comme d'action peut-être.

Le point de départ c’est notre mode de vie.
En 2017 nous avions reçu la proposition de faire une lecture autour d’un verbe de notre choix, nous choisimes PARESSER.
En 2018, un soir de juin nous l’avons performé.
En 2022 l’opportunité de la performer à nouveau s’est présenté.
Autrement dit en 6 ans nous n’aurons montré que deux fois le résultat en cours de notre pratique quotidienne de la paresse, ça nous semble une bonne moyenne car il est préférable de ne pas trop en faire.

Au fil du temps cette pratique s’est enrichie d’une foule de réflexions dont nous voudrions partager l’analyse avec vous.
La paresse n’est pas simplement un « non-agir » ou un « agir minimum ». Elle est une prise de position par rapport aux conditions d’existence dans le capitalisme. Elle exprime d’abord un refus subjectif  qui vise le travail (salarié) et tout comportement conforme que la société capitaliste attend de vous.

Dans l’histoire de l’humanité aucune génération n’a sacrifié autant de temps au travail que les générations qui ont eu la malchance de naître sous le régime capitaliste. Dans le capitalisme, l’humanité est condamnée aux travaux forcés quel que soit le niveau de productivité atteint. Toute invention technique, sociale et scientifique, au lieu de libérer du temps, ne fait qu'étendre l’emprise du capital sur nos temporalités. Le temps c’est de l’argent dit le capitaliste, le temps, au contraire, doit nous appartenir et paresser c’est une des manières de se l’approprier .
Paresser ne signifie pas ne rien faire, paresser est avant tout un autre rapport au temps, une autre manière de faire et dé-faire.

L’intégration dans le capitalisme est aussi et surtout subjective. Si l’artiste n’a pas comme l’ouvrier un patron direct, il est toutefois soumis à des dispositifs de pouvoir qui ne se limitent pas à définir le cadre de sa production, mais l’équipent d’une subjectivité.

Conférence suivie d'une discussion animée par Vincent Gay.

Chiara Gallerani vit et travaille à Paris depuis le début des années 90. Danseuse contemporaine autodidacte et, plus largement performeuse, elle a collaboré avec un certain nombre de chorégraphes et artistes comme Paco Dècina, Georges Appaix, Marco Berrettini, Laurent Goldring, Edouard Levé, Claudia Triozzi, Judith Cahen, Sabine Macher, Joris Lacoste, François Chaignaud, Cecilia Bengolea, Mickaël Phelippeau, Xavier Leroy. Depuis 2014, elle collabore régulièrement avec Jérôme Bel pour le spectacle Gala et d’autres projets.

Maurizio Lazzarato est philosophe et sociologue. Il vit et travaille à Paris. Dernièrement il a mené des recherches sur la dette (La fabrique de l’homme endetté : Essai sur la condition néolibérale, Amsterdam, 2011 ; Gouverner par la dette, Les Prairies Ordinaires, 2014), sur la « paresse » chez Duchamp (Marcel Duchamp et le refus du travail, Les Prairies Ordinaires, 2014) et sur les guerres et les révolutions (Guerres et Capital écrit avec Eric Alliez, Amsterdam, 2016). Ses livres sont traduits en de nombreuses langues et sont édités par Semiotext(e) aux Etats-Unis.

Vincent Gay est maitre de conférence en sociologie à Université Paris Cité. Ses recherches portent sur l'histoire politique de l'immigration, les mobilisations collectives et les conflits sociaux. Il est l'auteur de Pour la dignité, Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980 (2021).

Infos pratiques

Mercredi 26 octobre - 18h

Amphi Turing | Bât Sophie Germain
8 place Aurélie Nemours, 75013 Paris

Gratuit sur inscription